Agriculture du carbone : l’Europe fixe les règles – le règlement (UE) 2024/3012 entre en vigueur.

Avec l’adoption du deuxième acte délégué le 10 juillet 2026, le cadre européen de certification des émissions de carbone (CRCF) s’étend enfin à l’agriculture et à la sylviculture. Il ne s’agit pas de créer un nouveau marché de crédits, mais plutôt une norme de qualité visant à transformer la manière dont les projets sont conçus, mesurés et vérifiés.

Que signifie l'expression « agriculture du carbone » ?

Avant d'examiner la réglementation en détail, il convient d'en préciser le champ d'application. L'agriculture du carbone désigne les pratiques agricoles et forestières qui augmentent la quantité de carbone stockée dans les sols et la biomasse, ou qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre générées par les terres elles-mêmes.

Ces pratiques vont de la rotation des cultures et des cultures de couverture au travail minimal du sol, de l'agroforesterie à la restauration des tourbières drainées, voire à la création de nouvelles forêts. Ce sont des activités que l'agronomie maîtrise depuis longtemps ; la nouveauté de ces dernières années réside dans la possibilité de quantifier, de certifier et, potentiellement, de rémunérer les bénéfices climatiques qu'elles produisent, transformant ainsi une pratique agronomique en un atout économique.

C’est précisément à ce stade que le problème cesse d’être purement environnemental et devient une question de modèle économique pour les entreprises agricoles et forestières. Et c’est là que, historiquement, s’est concentrée la méfiance du marché : quelle est la véritable valeur de l’absorption biologique ? Combien de temps dure-t-elle ? Qui la vérifie ?

Le règlement CRCF : pourquoi a-t-il été créé ?

L'Union européenne a répondu à ces questions par Règlement (UE) 2024/3012, connu sous le nom CRCF (Cadre de certification pour la capture et l'utilisation du carbone dans l'agriculture) : le premier cadre de certification volontaire à l'échelle de l'UE pour la capture et l'utilisation du carbone.

Le règlement couvre trois familles d'activités :

  • absorptions permanentes, obtenues grâce aux technologies de capture et de stockage géologiques ;
  • agriculture du carbone, c’est-à-dire les éliminations et les réductions d’émissions liées à la gestion des terres et des forêts ;
  • stockage du carbone dans les produits, généralement dans les matériaux de construction d'origine biogénique.

L’objectif affiché est double : instaurer la confiance dans un secteur jusqu’ici fragmenté par des normes privées disparates et, en même temps, lutter contre l’écoblanchiment en établissant des critères de qualité communs, des exigences de suivi et de vérification confiées à des tiers indépendants et en publiant ces informations dans un registre européen.

Les étapes de la mise en œuvre : de la réglementation aux méthodologies

Un règlement-cadre ne suffit cependant pas : des règles techniques sont nécessaires. Le processus de mise en œuvre s’est déroulé en trois étapes rapprochées.

Novembre 2025 — Par le règlement d’exécution (UE) 2025/2358, la Commission a défini les règles techniques relatives aux systèmes de certification, aux organismes de certification et aux audits. Parmi les dispositions les plus importantes pour le secteur manufacturier italien figure l’admissibilité de certification de groupe pour l'agriculture du carbone, conçue pour réduire les charges administratives qui rendraient l'accès prohibitif pour les petites entreprises agricoles et forestières.

Février 2026 —Le premier acte délégué a introduit les méthodologies d’élimination permanente : DACCS, BECCS et biochar, c’est-à-dire des solutions avec des horizons de stockage pluricentenaires.

Juillet 2026 —Le deuxième acte délégué a étendu le cadre méthodologique à l’agriculture du carbone elle-même, en la divisant en trois catégories d’intervention : l’agriculture et l’agroforesterie sur sols minéraux ; la restauration et la réhumidification des tourbières et autres sols organiques ; et le reboisement.

Avec cette dernière étape, le CRCF devient également opérationnel pour les solutions fondées sur la nature, fournissant un cadre méthodologique harmonisé là où, jusqu'à présent, coexistaient des approches disparates.

Les critères de qualité

Le système repose sur certains piliers que chaque projet doit démontrer respecter :

  • quantification robuste et additionnalité, afin de garantir que le bénéfice climatique soit réel, mesurable et qu’il ne se serait pas produit de toute façon ;
  • surveillance et vérification indépendantes, avec des audits réalisés par des tiers tout au long du cycle de vie du projet ;
  • gestion du risque de renversement, c’est-à-dire des stratégies pour faire face à la possibilité que le carbone stocké retourne dans l’atmosphère (incendies, changements d’usage prévu, événements extrêmes) ;
  • protection de l'écosystème, avec l’obligation de ne pas porter atteinte à la biodiversité et aux services écosystémiques.

Un malentendu récurrent : la norme, et non le marché

Il est utile de clarifier ce point, car la confusion est répandue. Le CRCF n'établit pas de marché européen des crédits carbone. et ne remplace pas les normes internationales volontaires existantes. Il ne s'agit pas d'un système d'échange similaire au SEQE-UE, ni d'un registre de crédits immédiatement disponibles à des fins de compensation.

Il s'agit plutôt d'un critère de fiabilité : il définit les conditions dans lesquelles une mesure d'élimination peut être considérée comme certifiée selon les critères européens. Les méthodologies adoptées sont rigoureuses, mais elles ne suppriment pas d'emblée les difficultés inhérentes aux solutions fondées sur la nature : la pérennité, la réversibilité, la mise en place d'un système de référence, les fuites et le suivi à long terme. Sans surprise, la réglementation maintient une distinction importante entre les mesures d'élimination permanentes et les mesures d'élimination biologique, dont la stabilité dépend de la préservation des écosystèmes dans le temps.

Il convient également de préciser que les crédits actuellement en circulation sur le marché n’acquièrent pas automatiquement une qualification « européenne » : les systèmes de certification devront être reconnus par la Commission et gérés par des vérificateurs indépendants, les unités certifiées étant destinées à être progressivement intégrées à un registre de l’Union.

Ce que cela signifie pour les entreprises

Pour les exploitants agricoles et forestiers, les consortiums, les promoteurs de projets et les entreprises qui envisagent l'utilisation des captures de carbone comme levier de décarbonation, une phase de repositionnement est en cours. Concevoir une initiative d'agriculture du carbone aujourd'hui implique de travailler dès le départ sur les éléments que le CRCF considère comme essentiels : définir la situation de référence et collecter des données historiques, tester l'additionnalité technique et réglementaire, les modèles de quantification, les systèmes de surveillance, de notification et de vérification (MRV), l'analyse des risques naturels et les mesures d'atténuation associées, ainsi que les cobénéfices pour la biodiversité.

Il existe également une dimension d'agrégation qui mérite d'être soulignée. La certification de groupe offre des opportunités concrètes aux organisations de producteurs, aux coopératives, aux consortiums forestiers et aux réseaux d'entreprises, qui peuvent ainsi mettre en place des filières régionales et répartir les coûts liés à la vérification préalable, au suivi et aux audits entre plusieurs opérateurs, coûts qui seraient autrement insoutenables individuellement.

L’adoption des premières méthodologies marque le début, et non la fin, du parcours européen. Le défi des prochaines années sera de parvenir à conjuguer rigueur scientifique, viabilité économique des projets et déploiement à grande échelle, sans susciter des attentes que le cadre réglementaire actuel ne peut pas encore satisfaire.

Pour plus d'informations: info@iniziativa.cc

Cas réussis

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